Massages philosophiques

J’ai compulsé tous les livres : Petits massages apaisants pour grandir en bonne santé, Masser bébé : le toucher du cœur, Le Massage des bébés selon la tradition ayurvédique. J’ai surligné au fluo, j’ai multiplié les marque-page, j’ai punaisé tous les schémas dans les toilettes. C’est toujours là qu’on est le plus concentré. Quand j’y réfléchis, avec toutes les connaissances que j’ai engrangées, je suis prête pour rédiger une thèse. Mais pour exercer le métier de masseuse de bébé, un peu moins déjà. Les massages, c’est comme la philosophie. En théorie, c’est plaisir de l’esprit, en pratique, c’est galère.

Il y a deux ans, j’avais essayé le "toucher du ♥" sur Arthur. Sans succès. Tandis que je me concentrais pour lui prodiguer des soins délicats, il gigotait comme un vermisseau. Mais un vermisseau doté de canaux lacrymaux et de cordes vocales. Ce genre d’animal hurle comme un porcinet égorgé. Effrayée, j’avais vite abandonné.

Mais comme il ne faut jamais rester sur un échec, même patent, j’ai voulu renouveler l’expérience sur Ava. Quand je lui ai annoncé la nouvelle, elle faisait une drôle de tête.

Faustine avait l’air moins perplexe.

Mais quand j’ai procédé au massage, ni l’une, ni l’autre, n’a malheureusement éprouvé le même plaisir que le beau bébé en photo là-haut.

(D’ailleurs, il a été photoshopé, non ? Ou bien, en face de lui, y avait sa mère qui faisait : "caché, coucou, caché, coucou !" pour le faire marrer)

J’ai donc pris mon courage à deux mains, tout aussi poisseuses d’huile d’amande douce l’une que l’autre. Pas de jalouse.

J’ai commencé à appliquer l’art du toucher, un moment privilégié aux vertus apaisantes et revigorantes, qui permet d’instaurer une véritable communication entre bébé et vous, un temps de détente et de douceur pour un tout petit être humain qui a tellement besoin de chaleur humaine.

Elles me regardaient bizarrement.

Je crois que mon rituel d’apaisement a moyennement fonctionné. J’ai persisté deux minutes et, là, elles ont pleuré. Après, j’ai dû un peu trop stimuler le gros intestin d’Ava qui a déféqué sur mon superbe coussin de massage. J’ai dit : "Ok pas de souci, on va nettoyer tout ça et on va chercher l’aide d’une professionnelle."

En tant que digital mum, je me devais d’utiliser Interenet. J’ai donc entré : "masseuse professionnelle" sur Google. Je suis tombée sur cette annonce.

Je n’ai pas vu le rapport entre "Belle brune de 28 ans" et les bienfaits du massage qu’elle pouvait apporter à mes bébés. Alors j’ai lâché l’affaire.

Insouciance

Arthur et son grand-père au Havre

Tapetit peta petits pas. Arthur commence son insouciante journée par une course effrénée sur le plancher. Premier levé, le sourire banane, mon petit bonhomme a le réveil heureux. De la bonne humeur sur pattes ! Grand frère n’a que l’amour… "Pour habiller matins. Pauvres et malandrins. De manteaux de velours."

L’aîné a de très bons arguments pour justifier toutes ses bêtises. La vie est belle, faut pas que ça nous rende dingues ! Mettre la machine à laver vide en marche ? Ce n’est pas grave, parce que "c’est une blagueeeeuh maman, tu vas pas pleurer quand-même". Goûter les croquettes de Gazelle ? Pas d’inquiétude, "c’est juste pour rigoler". On n’est pas contents ? Petite précision : "mais je suis gentil, moi".

Si tout pouvait être aussi simple que dans la caboche d’un garçon de presque trois ans. Un petit gars qui a la difficile tâche d’être le grand frère de jumelles…

Pour transporter mon grand sur les longs trajets, j’ai dû acheter une planche à roulettes à accrocher à la poussette double. Lui, il adore grimper sur son "skaïteborde". Vous imaginez le convoi. Maman le cul en arrière, contrainte de faire glisser tout ce petit monde que si on leur appuyait sur le nez, il en sortirait du lait. Une vraie mama. Tant pis pour le style, pour les ados qui se marrent sur notre passage. Tant qu’Arthur s’éclate, es ist mir egal !

La semaine dernière, on était en vacances. On en a profité pour tester le "Luddy Kid", un grand espace de jeux rempli de piscines à boules, de trampolines, de châteaux gonflables, de toboggans en tout genre et même d’une salle de boum avec des projecteurs et de la musique (de merde) de grands. Arthur a passé la moitié du temps à clubber.

L’autre moitié du temps, c’était toboggan. Et pas n’importe quel toboggan. Le grand tunnel orange interdit aux petits, mais comme y avait maman, il avait le droit. J’avais plus peur que lui. J’espère qu’il glissera vaillamment tout le reste de sa vie.

La balade des clichés

Sortir du cocon familial chauffé à 20° et affronter le grand froid par -5° pour aller chez le boucher. Une vraie gageure pour une maman de jumeaux. J’ai besoin d’une heure et demi de préparation pour une quinzaine de minutes de balade.Je ne veux pas sortir Faustine et Ava trop longtemps. Ce serait dommage qu’elles tombent malades pour un morceau de bidoche.

Je vous passe les détails de l’habillage des jumelles pour me concentrer sur les réactions des passants face à une poussette double. Quand deux enfants du même âge se promènent ensemble, les passants se livrent à une sympathique foire aux clichés. Sujette à l’esprit d’escalier, je n’ai pas trouvé de réponses idoines aux questions indélicates des honnêtes gens. Mais j’ai réfléchi dans l’ascenseur à ce que j’aurais pu répliquer. Fiction-réalité, donc.

Premier arrêt forcé à 2 minutes de chez moi, au niveau de la station de bus. J’entends deux bonnes femmes s’exciter : "Oh des jumeaux ! Ils ont l’air tout petits !", avant de les distinguer clairement. Des sexagénaires bien en chair, du genre de votre grande cousine Garance qui vous cuisine systématiquement sur votre vie de couple non marié avec trois enfants. Je m’approche, les deux Erynies se précipitent sur les coques. Je psychote sur les potentiels microbes qu’elles pourraient leur refiler en postillonnant.
– "C’est des vrais jumeaux ?"
Si j’avais eu l’esprit d’à-propos
– "Non, jumelles. Et puis il y en a une vraie, mais l’autre est en plastique."

Deuxième gêneur à la boucherie. Un monsieur tout gras et tout rouge.
– "Oh, c’est vos filles, elles sont belles. Elles sont nées en même temps ?"
– "Non, non, elles ont trois mois d’écart."

Petit aparté : j’ai demandé du flanchet de veau pour le préparer façon marango. Le boucher m’a répondu qu’il n’en avait pas "en ce moment". C’est le genre de morceau, a-t-il poursuivi, qu’il commande seulement quand on en a parlé dans "Un dîner presque parfait". Cuisine – cliché – télé – canapé.

Troisième et dernier importun rencontré dans l’entrée de l’immeuble. C’est un voisin acâriatre, père d’un enfant terne de 10 ans. Il me dit bonjour, pour une fois. Difficile de fuir, il me barre la route au niveau de la grille.
– "J’avoue que je n’aimerais pas avoir deux petites comme ça chez moi en même temps. Je ne supporterais pas."
– "Ca tombe bien, je pense qu’elles non plus."

Si, par hasard, vous me croisez sur votre chemin, je serais ravie et fière de vous présenter mes jumelles. Mais pitié, faites attention à ce que vous dites.

Bordel de discipline !

Attention billet d’apparence triviale. Mais ne vous braquez pas, c’est parfois dans la description des petites choses du quotidien qu’on trouve une certaine vérité. En philosophie, ce que je vais vous raconter relève peut-être d’une forme de phénoménologie domestique, d’un certain "Lebenswelt" (voyez Husserl et zou, vous vous sentirez hyper intelligent !).

Ce n’est pas avec mes parents que j’ai appris à "bien me tenir". Ni avec mes profs. Figurez-vous que j’ai même récolté un "avertissement discipline" en première. Adulte, je me vois aujourd’hui contrainte d’appliquer des règles. Et voici pourquoi.

Pour composer la musique familiale, il est indispensable de trouver un certain rythme. Un jour pourtant, fatiguée que j’étais et lasse de jouer la mère au foyer, je me suis laissé aller à la paresse. Je n’ai pas fait de machine à laver. J’ai laissé les biberons mariner dans l’eau savonneuse. Je ne me suis pas habillée. Je n’ai pas répondu au téléphone. Je n’ai pas rangé les jouets dans la chambre d’Arthur. Je n’ai pas sorti les couverts du lave-vaisselle.

J’ai traîné sur Internet, comme une âme en peine.

Le soir, Arthur est rentré de chez sa nounou. Comme tout était en bazar, il n’a rien pu déranger. Or déranger, c’est peut-être la meilleure activité qui soit pour un gosse de 2 ans et demi. Arthur a donc déplacé le souk dans le salon. On n’arrivait plus à mettre un pied devant l’autre. Fiston s’est cassé la binette en glissant sur son ambulance qui n’a pas manqué de faire "tilulut, tilulut". Premier impair.

Je cherchais un pyjama, je n’en ai pas trouvé. Ils étaient tous sales. Alors j’ai mis un pyjama sale à Arthur, après le bain que je ne lui ai pas donné. Il sentait mauvais, c’était délicieux.

J’avais plus de biberon, j’en ai lavés en catastrophe, il restait du savon sur la tétine, les filles n’ont rien mangé.

Vers 19h, j’ai une copine qui a surgi dans l’appart. J’avais oublié qu’elle devait passer. Elle avait pourtant tenté de me le rappeler par téléphone. Mais comme j’avais pas décroché… Tout était dégueu, j’avais honte. En plus, je me suis dit : "elle doit penser que j’ai que ça à foutre de ranger". Je portais un vieux pantalon de grossesse qui fripait au niveau du ventre, vu que j’avais dégrossi entretemps et un tee-shirt "Je m’énerve pas, je m’exprime". J’avais plus assez d’assiettes, on a mangé dans des couverts en carton et des verres en plastique.

Finalement, le dîner (composé de pizzas évidemment), c’était marrant, en mode chacun raconte sa VDM.

J’ai bien sûr conclu de tout ceci qu’il ne fallait pas remettre à demain… Sinon, c’est la cacophonie. Mais qu’un peu d’imprévu et de légèreté, c’est aussi ce qui fait le sel de la vie de tous les jours.

Dernière réflexion : maman au foyer, c’est bien, mais un moment seulement. Ca me ferait du bien d’avoir une vie sociale réelle plus complexe et plus riche qu’un tas de linge sale, quelques areus et des bisous nombreux.

Tétine, mon amour

Je souhaite rendre un hommage appuyé à celle qui m’a si souvent protégée de la crise de nerfs. Celle qui, si petite, n’en reste pas moins d’une efficacité redoutable. Huit parents sur dix en achètent une à leur progéniture. Il y a 10 millions de vente de "tut" chaque année en France. Comment ne pas comprendre un tel engouement ? Elle aide les enfants à s’endormir, fait passer les pleurs intempestifs, aide à la digestion en permettant de fréquentes déglutitions.

Ava la préfère plate et en silicone, Faustine aime le bout rond et le caoutchouc tout mou. Pour Arthur, peu importe le plastique, c’est toujours fantastique. Les jumelles la portent phosphorescente la nuit, mon petit garçon l’accessoirise à l’aide d’un accroche-tétine.

Faut-il lui préférer le pouce ? Je ne me suis pas vraiment posé la question. La tétine s’est imposée naturellement. Je la limite pour Arthur à l’utilisation pendant le sommeil. C’est pas toujours évident, mais ça fonctionne globalement. Il peut s’en passer la journée. Pour l’instant, les filles y ont droit autant qu’elles le désirent.

Je me demande bien pourquoi elle est si souvent décriée par les parents parfaits. Sans doute, parce qu’ils ont aussi mis au monde des bébés parfaits. Moi, les miens sont normaux et je ne m’en plains pas. On me dit souvent : "Enlève cette tétine, c’est pas beau sur la photo". Je trouve que c’est rigolo.

Et puis je ne suis pas orthodontiste, on verra ça plus tard.

Je suis persuadée que les enfants se détacheront tout seuls de leur objet fétiche. Sinon, je leur suggèrerais ceci. Je ne serais jamais tombée amoureuse de leur papa s’il avait eu une tétine à la bouche. Et vice-versa.

Malade, trois enfants

Je craignais qu’il ne surgisse sur mon ordinateur, le voilà qui prend ses aises dans mes entrailles : le virus.

Il est 17h. Depuis ce matin, 6h58, parano à bord : j’ai 38,2°, mal à la tête et au ventre. J’avais pourtant pris toutes les précautions pour ne pas me retrouver dans cette inquiétante situation : double cure d’Oscillococcinum et Sargenor en perf. Las, l’hôte indésirable est bien là.

Et si les trois enfants étaient touchés ? Imaginez l’enfer en cas de contagion… Je surveillerais la respiration des filles toute la nuit, les réhydraterais toutes les heures, Arthur squatterait notre lit pour cause de "maman, chuiii malaaade"… On ne dormirait plus ! Et le fragile équilibre qui sous-tend notre quotidien serait ébranlé.

Angoissée, J’ai googlé : "épidémie gastro grippe" et j’ai trouvé la dépêche ci-dessous.

729 000 consultations en quatre semaines ! Trop peur ! J’en ai parlé sur Twitter pour voir ce qui se passait chez les autres mamans. C’était nul comme tweet, alors j’ai pas eu de réponse.


Pour être tranquille, j’ai décidé de prendre des mesures draconiennes.

  1. J’ai acheté un "assainisseur d’air" à la pharmacie. J’en ai vaporisé une tonne dans l’appartement.
  2. Je porte un masque. J’ai l’impression de m’empoisonner avec mes propres miasmes, c’est désagréable.
  3. Je mange léger, au cas où ce soit une gastro. J’ai donc faim.
  4. J’aère régulièrement la maison. Il caille. J’espère que les enfants ne vont pas tomber malade à cause du froid…

Démultipliée

Vous élevez deux nourrissons du même âge. Vous ne disposez que de deux bras, car vous êtes un être humain. Vous trouvez que c’est injuste d’ailleurs, parce qu’avec des jumeaux, il devrait en pousser deux autres. Mais la nature est ainsi faite. De plus, par temps de crise, les bras artificiels sont définitivement trop onéreux. Vous prodiguez donc chaque jour une double ration de soins, de calins et de chatouilles, au risque d’attraper des crampes.

Complication : vous êtes ce qu’on appelle une “digital mum” (une mère connectée à Internet). Vous écrivez donc un blog et traînez sur l’infini web toute la journée. Et vous voulez cuisiner. Ben oui, cuisiner. A l’ancienne, quoi. Vous ne voulez renoncer à rien, tout en conservant un objectif supérieur : rendre vos enfants heureux. Car vous êtes pleine d’amour. Comme le prophète, il y a 21 siècles.

Avec votre unique bouche, vous pouvez faire des bisous et dire un grand nombre de mots doux.

(Vous, c’est “moi”, vous l’avez bien compris, car j’aime bien me vouvoyer, ça me donne de l’importance).

Mais il n’y a pas d’écho. Car votre appartement n’est pas une grotte. Pour ne pas faire de jumelle jalouse, vous passez donc votre temps à répéter “Je t’❤” à l’oreille de l’une et ”Je t’❤” à l’oreille de l’autre.

Deux yeux équipent votre visage. Vous pensez qu’échanger des regards avec vos deux bébés, c’est important. Or vous ne souffrez pas de strabisme divergent. Donc vous vous retrouvez à transmettre tout votre amour à Ava. Puis à Faustine. And back. Et torticolis.

Vous savez que vous faites tout deux fois. Comme un bégaiement d’amour. Et vous avez peur que cela ne nuise à la spontanéité et à la fraîcheur des relations avec vos deux filles.

Matin tintamarre

6h58 affiché en chiffres rouges. Dans le noir, un festival de bruits en tout genre. Séb respire fort, Faustine pleure de faim, Gazelle fait ses griffes sur la moquette, Ava chouine – elle a perdu sa tétine -, Arthur suçotte la sienne. Tiens, il est là, lui. C’est le seul qui a la chance d’avoir sa propre chambre, mais visiblement, il préfère se taper l’incruste dans nos 7 m2 et demi. C’est vrai qu’on n’était pas assez nombreux ici.

Plus besoin d’alarme sur le réveil. On peut compter sur un des kids qui se manifestent toujours entre 6 et 7. Quand vraiment, j’ai mal à la tête, je mets des bouchons d’oreille : 35 db en moins, ça permet d’atténuer le brouhaha matinal, sans le supprimer totalement. Donc je reste disponible pour mes chers enfants.

- "Maman, tu s’es réveillée ?" (Arthur a encore du mal avec les conjugaisons)
– "Oui, tu veux ton biberon aux céréales ?"
– "Non, je veux mon biberon et un dessin animé de Didou, pas Petit Ours Brun, il est bêêête"
– "D’accord. C’est vrai que Didou, il est super intelligent"
– "Maman, tu t’occupes pas de mes sœurs"
– "Bon je vais faire les biberons de tout le monde"

Les filles montent en puissance. Gazelle se fourre dans mes pattes. Arthur sort son camion de pompiers qui fait pimpon. Séb dort un peu avant d’aller bosser. Moi, je survis.

Lait des filles dans petits biberons Avent avec tétines Doddie Mam vitesse 2. Lait de croissance dans grand biberon Avent avec tétine Avent fendue pour laisser passer le lait épaissi aux céréales Blédina "choco gourmand biscuité". Deux bavoirs pour Faustine et Ava, côté droit du placard. Un bavoir, côté gauche pour Arthur. Des croquettes pour Gazelle dans le sac à côté de la litière. Ah il serait temps de la changer d’ailleurs, la litière. Et les filles, aussi. Couches, cotons, lait nettoyant, "Arthur, va au pot ! Non je regarde Petit Ours Brun", pleurs culpabilisants, son de la télé monté à fond.

Bon je me fais un café.

Je regarde mes mails.

J’écris un billet pour mon blog.

Allez, j’y retourne.

Quand le double-bibi s’impose

La sage-femme m’avait recommandé de toujours donner le biberon individuellement. La sage-femme avait bien lu ses livres, mais n’avait jamais élevé de jumeaux. Quand la faim tiraille Ava et Faustine et qu’elles pleurent de concert, c’est loin d’être évident d’en prendre une et de laisser l’autre ! Comment allaiter la première sereinement, quand la seconde réclame sa part de lait maternel en hurlant ?

J’ai essayé de donner la tétine à Ava, quand je donnais à manger à Faustine ; j’ai tenté de donner mon petit doigt à Faustine, quand Ava tétait goulument. Mais rien ne remplace le liquide rassasiant ! Rien n’y faisait, chacune voulait manger en même temps.

Alors quand je suis seule à la maison, une solution s’impose : le double bibi. Installées confortablement sur leur maxi coussin d’allaitement, mes deux jumelles tètent avec concentration. Pas une goutte ne déborde. Nul besoin de bavoir.

Pour le rototo, je les prends toutes les deux sur mes épaules… Elles dégagent leur petit gaz synchro. Je change de haut ensuite. Ou bien je me balade toute la journée avec des petits rejets de lait. Tant pis pour le style. Que ne ferais-je pas pour mes filles préférées ?

Quelqu’un m’a dit : deux jaunes dans un œuf

A peine 15 jours après le test de grossesse, je me suis mise à souffrir de nausées démesurées, je ne parvenais plus à dormir, n’avais plus faim (ou à des heures indues), mes sautes d’humeur devenaient incontrôlables… Bref, les symptômes classiques de la femme en cloque, puissance 10 ! Cela ne pouvait plus durer.

Et puis, je trouvais que c’était étrange. Enceinte de mon premier enfant deux ans plus tôt, je n’avais pas été aussi malade. Je me suis donc rendue aux urgences de la maternité pour vérifier que tout allait bien.

Le médecin m’a d’abord dit que j’étais "douillette" (c’était un homme qui ne connaissait pas la signification du mot "empathie"). Il n’était pas utile de faire une échographie. Et puis, parce que je tenais à cette écho et que je sentais bien que quelque chose n’était pas "normal", j’ai dit que j’avais très mal. Là tout d’un coup. Comme un coup de poignard dans le bas-ventre !

Un petit mensonge pour la bonne cause. car les grossesses gémellaires, et en particulier celles de vrais jumeaux, doivent être très surveillées. Le plus tôt possible. Gynéco a donc cédé et m’a passé le fameux gel glacé sur le ventre. Il a approché son visage près de l’écran, a levé ses sourcils, une fois, deux fois, trois fois et puis il a émis un drôle de grognement. Ensuite, gygy pas gentil a dit : "hum hum", de façon énigmatique.

Gynéco (trivial) : "Ah mais y en a deux, mademoiselle".
Moi : "Comment ça ?"
Gynéco (froidement) : "Ben y a deux œufs et le cœur bat d’un côté comme de l’autre. C’est des jumeaux, quoi."
Moi : "Quoi ?!"
Gynéco : "C’est une grossesse spontanée ?"
Moi : "Ben oui. Enfin on s’est pas forcés quoi."
Gynéco : "Non mais pas de recours à la médecine ?"
Moi : "Non, pas à ce moment-là."
Gynéco : "Y en a dans la famille ?"
Moi : "Quoi ? des médecins ?"
Gynéco : "Non, des jumeaux"
Moi : "Non"
Gynéco : "Ah ben alors c’est comme ça"

C’est comme ça. Bon.

Je suis passée du rire aux larmes. Et puis, je me suis inquiétée. J’ai fait des recherches sur Internet et voilà ce qu’il faut retenir quand on vous annonce que vous avez deux bébés dans le ventre :
– Ce n’est qu’à l’écho du 3ème mois que vous saurez si ce sont de vrais ou faux jumeaux (un ou deux placentas).
– Si ce sont de vrais jumeaux en particulier, faites-vous suivre par les spécialistes de votre région, car c’est une grossesse très délicate (service du professeur Yves Ville à l’hôpital Necker, Paris 15, par exemple).
– Adhérez à l’association "Jumeaux et plus" de votre département (cf liens à droite), ils vous donneront toutes les infos nécessaires.
– Enfin ne paniquez pas trop, on y arrive. La Caf propose de subventionner très généreusement les aides à domicile pour les 6 premiers mois (en fonction du quotient familial).

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